L’adieu d’un héros

L’adieu d’un héros

Il est des êtres rares qui marquent l’existence d’une nation par leur seul courage, leur abnégation et leur dévouement à toute épreuve et en toute circonstance. C’est une histoire de vie qu’ils offrent, une leçon de dignité et de courage qu’ils donnent à un peuple épris de liberté, de droits fondamentaux, de principes universels et de valeurs humaines, que les malveillants et les haineux s’acharnent à détruire.

C’est par des chemins sinueux jonchés d’obstacles, de défis, de souffrance et de déception qu’ils tracent généralement leur voie. On s’inspire de leur discours, scrute leurs faits et gestes et adopte leur position sur des sujets sensibles. Ils deviennent si proches de nous qu’on les dirait intégrés à nous-mêmes.

Massoud Achkar qui vient de s’éteindre personnifiait l’être cher pour lequel on ne pouvait ressentir que de l’admiration et du respect pour ses qualités humaines et surtout pour ses vertus patriotiques. Il rassemblait en sa personne, tout à la fois, le révolutionnaire, le rebelle et le résistant.

Dans son regard perçant, plein de tendresse et de bienveillance se révélait cette passion folle pour la cause qu’il défendait et de son cœur chaleureux émanait cet amour immense pour son pays qu’il a tant adulé. Il était droit, juste, humain mais dur et inflexible pour ce qui a trait à la préservation des droits fondamentaux du Liban.

Son parcours fit de lui une figure emblématique de la résistance libanaise pour laquelle il s’est consacré volontairement, corps et âme, au côté de Bachir Gemayel et de ses camarades de lutte.

Dès son jeune âge, il abandonne tout derrière lui ; une vie paisible, confortable pour une vie militante mouvementée, empreinte de difficultés, de contraintes et de danger.

Animé par une foi inébranlable pour ce combat juste pour la liberté, l’indépendance et la souveraineté de son pays, il inspire toute une génération d’hommes et de femmes à porter les armes pour faire face aux exactions et menaces des ennemis du pays.

Homme de convictions, il incarne l’héroïsme de cette résistance qui a réussi, grâce au courage et la détermination de ceux et de celles qui sont tombés sur le champ d’honneur, à défendre l’honneur de la patrie et la dignité du peuple.

Un long parcours empreint de sacrifices et de bravoure a marqué la vie de cet homme noble et honorable. Dans l’exercice de ses missions, il s’est toujours dépensé à fond sans jamais ménager ni sa peine ni ses efforts.

Combattant de la première heure, à la fidélité exemplaire, son nom restera gravé à jamais sur chaque pouce du territoire libanais qu’il a farouchement défendu. Les habitants d’Achrafieh n’oublieront jamais ce chef fougueux et vaillant, qui a repoussé sans relâche avec ses camarades durant la « guerre des cents jours » en 1978 les attaques violentes des soldats de l’armée syrienne. Dans chaque ruelle, dans chaque coin de cette ville martyrisée une page d’héroïsme a été écrite pour les générations à venir à apprendre.

Ce militant infatigable ne souhaitait rien de plus que de voir triompher les valeurs de ceux et de celles qui se sont sacrifiés pour elle. Il n’a pas dérogé à ses principes et ne s’est jamais compromis dans les histoires sales d’argent et de corruption. Il s’est toujours écarté des querelles et des luttes fratricides pour le pouvoir afin d’éviter d’entacher son parcours exemplaire et de souiller la mémoire de ses camarades tombés.

Il a frôlé la mort à maintes reprises, côtoyé la peur et les dangers de toute une vie. Il semblait que rien ne pouvait l’arrêter, le contenir. Seul un ennemi pernicieux d’un nouveau genre, une pandémie destructrice, a pu l’atteindre de plein fouet et achever son parcours mémorable.

C’est un militant convaincu qui nous a quittés. Un esprit libre et intègre, un patriote de grande valeur.

Il vivra à jamais dans nos mémoires et continuera à résonner dans nos esprits et nos cœurs.

 

Serge Abou Halka
L'Orient Le Jour

Source: Agencies