Des maamouls pour les fêtes, oui mais à quel prix ?

Des maamouls pour les fêtes, oui mais à quel prix ?

Les maamouls, douceurs traditionnelles en cette période de Pâques, vont-elles être sacrifiées, en partie du moins, en raison de la violente inflation qui sévit dans un Liban plongé dans une crise aiguë renforcée par l’impasse politique ?

Très prisées à Pâques, mais également lors de la fête du Fitr (en mai cette année), les prix de ces pâtisseries ont flambé, les ingrédients qui entrent dans leur fabrication, notamment les noix, pistaches ou dattes dont elles sont fourrées, étant devenus trop chers pour une bonne partie des Libanais.

Tandis que sur fond de dépréciation violente de la livre libanaise, l’inflation annuelle a atteint 145,8 % fin 2020, selon des statistiques officielles, ces douceurs sont devenues un luxe pour de nombreuses personnes. Alors pour préserver l’esprit de Pâques, certains ont décidé de confectionner eux-mêmes ces douceurs, plutôt que de les acheter.

À l’instar de Rima, une Beyrouthine d’une quarantaine d’années. « Je préfère le fait-maison et j’ai toujours voulu apprendre la recette authentique, explique-t-elle à L’Orient-Le Jour. » « J’ai déjà dépensé 300 000 LL pour acheter certains ingrédients. Mais je n’ai pas encore acheté le sucre et le beurre, la facture va donc encore grimper », explique Rima, qui tient tout de même à préserver le rituel de la confection de maamouls en famille et avec ses proches. « Le kilo de dattes est à 55000 LL. J’avais acheté la même marque l’année passée à 25000 LL », se désole la jeune femme.

Pour faire des économies, elle a préféré opter pour des noix en morceaux dont le kilo se vend désormais à 94 000 LL, au lieu de noix complètes à... 150 000 LL/kilo. Les pistaches, elles, sont facturées à 180 000 LL le kilo. Clotilde, mère de famille de 73 ans, a également choisi de confectionner ces pâtisseries elle-même. « J’avais acheté plusieurs des ingrédients avant la hausse des prix. Mais j’ai dû payer 45 000 LL pour 400 g de beurre », raconte-t-elle. La confection de maamouls a tellement renchéri que certaines associations caritatives ont fait l’impasse sur la vente de ces pâtisseries cette année.

L’ONG Soufra, qui propose des plats cuisinés par des femmes issues de milieux vulnérables, a ainsi renoncé à la confection de maamouls cette année. « Nous avons décidé de ne pas faire de maamouls en raison du prix des ingrédients. La seule chose qui pourrait nous faire changer d’avis serait une grosse commande, qui nous permettrait peut-être de rentrer dans nos frais », explique à L’OLJ une des responsables de cette association qui tente d’autonomiser les femmes.« Le travail est devenu très difficile dans ces conditions. Nous sommes obligés de modifier nos prix tous les deux jours », ajoute-t-elle.

L’ONG Voix de la femme libanaise, qui vient également en aide à des familles issues de milieux défavorisés, a décidé pour sa part de ne pas déroger à la tradition, malgré la hausse vertigineuse des prix. L’association, qui emploie chaque année une vingtaine de mères de famille qui fabriquent ces pâtisseries, a été surprise par le nombre élevé de commandes. « Nous avions peur de nous lancer dans cette entreprise cette année à cause du coût des ingrédients. Nous pensions qu’il y aurait très peu de commandes à cause de la hausse des prix et de la crise, mais nous avons eu beaucoup de travail au final », confie Paula Salem, présidente de l’ONG, à L’OLJ.

Sauf que l’achat des ingrédients a coûté 16 millions de livres à l’association. Le prix du kilo de maamouls a donc flambé. « Il y a deux ans, on vendait la douzaine de maamouls fourrées aux dattes à 15 000 LL. Cette année, nous sommes passés à 70 000 LL. La douzaine de maamouls aux noix est également vendue à 90 000 LL, contre 13 000 LL il y a deux ans », confie Mme Salem. « Pour faire des économies, les clients préfèrent acheter un kilo de maamouls mixte composé de 65 pièces, à 110 000 LL. Cette option est beaucoup moins chère que l’achat de pièces vendues en lot de douze », ajoute-t-elle.

Maya Ibrahimchah, directrice de l’ONG Beit el-Baraka, a l’habitude de passer commande auprès de plusieurs dames qui bénéficient des aides de l’association et de distribuer ensuite les maamouls à des familles dans le besoin. Sauf que l’ONG a dû revoir ses commandes à la baisse, crise économique oblige. « Nous avons commandé 300 douzaines de maamouls pour la fête de Pâques et 300 douzaines pour le Fitr. Avant la crise, Beit el-Baraka achetait le quadruple de ces quantités, voire plus, indique Mme Ibrahimchah à L’OLJ. Les maamouls que son ONG achète à 50 000 LL la douzaine sont confectionnées par des bénéficiaires de l’association à partir de produits de fabrication locale. « Avant la crise, nous distribuions les maamouls tous les ans à tous nos bénéficiaires. Cette année, nous devrons nous limiter à 1 000 familles », soupire Mme Ibrahimchah. 

Source: Orient le jour