Najjar signe le décret sur la révision de la frontière maritime sud

Najjar signe le décret sur la révision de la frontière maritime sud

Le ministre sortant des Travaux publics et des Transports, Michel Najjar, a signé lundi un projet de décret visant à amender le décret 6433 qui prévoit la possibilité de réviser les frontières de la zone économique exclusive et de les améliorer, sur fond de litige frontalier avec Israël autour de l'exploitation des hydrocarbures offshore, une question hautement sensible. Cette signature s'est faite à l'issue d'une réunion au ministère des Travaux publics entre le ministre des Transports, des officiers de l'armée libanaise impliqués dans les négociations ainsi que des responsables au sein de la Direction du transport terrestre et maritime.

La signature de ce projet de décret avait tourné à la polémique ces derniers jours, le ministre sortant des Travaux ayant été accusé par certains de vouloir tergiverser sur ce sujet. Il a tenu lundi une conférence de presse pour se défendre de ces accusations, estimant que la polémique visait la formation politique à laquelle il appartient, le courant Marada du leader chrétien Sleiman Frangié, allié du Hezbollah. Ces développements interviennent avant une visite d'un haut responsable américain attendu à Beyrouth dans la nuit de mardi à mercredi et qui doit évoquer le dossier avec les dirigeants du pays.

Le Liban et Israël, toujours techniquement en état de guerre, avaient entrepris l'année dernière des pourparlers indirects pour délimiter leur frontière maritime, sous l'égide des Nations unies et avec la médiation des États-Unis. Mais le 4e round de négociations, qui devait se tenir le 2 décembre dernier, a été reporté sine die. Les pourparlers ont été suspendus lorsque le Liban est revenu sur son plan de départ en réclamant, en plus des 860 km² sollicités, une zone d’exploitation qui engloberait 1 430 km² supplémentaires.

Jeudi dernier, le Premier ministre sortant, Hassane Diab, avait présidé une réunion consacrée à l'examen de cette question, notamment la proposition d'amender le décret 6433. Ce décret prévoit la possibilité de réviser les frontières de la zone économique exclusive et de les améliorer et, par voie de conséquence, de modifier ses coordonnées au cas où des données plus précises seraient disponibles et selon les besoins en fonction des négociations avec les pays limitrophes concernés. Hassane Diab avait alors plaidé pour accélérer la résolution de ce dossier, mais insistait sur un consensus interne autour de la question avant de signer tout amendement. Une délégation de l'armée avait fourni un compte rendu détaillé du dossier, et la ministre sortante de la Défense, Zeina Acar, avait confirmé l'approbation du projet de décret qu'elle avait soumis. Toutefois, le ministre sortant des Travaux publics et des Transports Michel Najjar avait demandé du temps pour examiner le projet.

"Ce dossier n'est pas politique"

Lors de sa conférence de presse aujourd'hui, M. Najjar s'est étonné que la question de trancher un dossier d'une telle importance lui échoit, estimant que c'est au ministère de l'Energie, détenu par un ministre proche du Courant patriotique libre de Gebran Bassil, que la décision de signer le décret aurait dû revenir. "Un décret de cette importance, je ne peux pas le signer sans avoir demandé au préalable une étude sérieuse, avec tout le respect que je dois à l'armée et l'étude qu'elle a menée", a-t-il estimé, rappelant avoir pris son temps car "il s'agit d'un gouvernement d'expédition des affaires courantes au sens strict du terme, et nous ne voulons pas porter atteinte à la Constitution". "On m'a alors accusé de vouloir tergiverser, mais il n'en est rien. On ne peut pas lancer des accusations et juger les gens dans les médias comme cela. Chacun a des responsabilités à assumer, notamment moi. Il faut être prudent dans ce genre d'affaires. J'ai demandé un délai de deux ou trois jours, afin de transmettre le dossier à la Direction du transport terrestre et maritime", a expliqué Michel Najjar.

"Ce dossier n'est pas politique. Nous nous comportons avec professionnalisme. Et toute question qui a trait à la souveraineté du Liban est sacrée. Nous avons simplement insisté à avoir une étude de l'armée et une autre de la Direction du transport terrestre et maritime", s'est défendu M. Najjar. Toutefois, il a semblé se contredire quelques instants plus tard, en affirmant que cette polémique "a pour but de mettre dans l'embarras le courant politique auquel j'appartiens, celui des Marada dirigé par Sleiman Frangié". "Je suis fier d'appartenir à ce courant", a-t-il insisté, tout en répétant que le dossier n'est pas politique. Pour lui, "cette polémique occulte le vrai problème: nous avons besoin d'un nouveau gouvernement. Tout ce que nous faisons actuellement n'est qu'une fuite en avant. Il est temps que chacun assume ses responsabilités", a-t-il conclu. Il a refusé toutefois de nommer ceux qui veulent embarrasser sa formation politique, malgré l'insistance des journalistes.

Selon notre correspondante Hoda Chedid, le projet de décret qui a été signé par Michel Najjar a été transmis au ministère de la Défense, afin qu'il soit signé par Zeina Acar. Le texte doit par la suite être signé par le Premier ministre sortant puis par le président Michel Aoun.

Une pétition circulait déjà au Liban en vue d'appeler à la signature de l'amendement du décret 6433. Sur Twitter, depuis dimanche, le mot-dièse #Signe-Najjar était en tête des tendances, ce qui montre que cette question était largement débattue par les internautes sur le réseau social.

Source: Orient le jour